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mercredi 17 juin 2009

Joyeux anniversaire tristesse !

usine Deutsche Grammophon .

"Cinquante ans c'est l'âge où arrivées à maturité les oeuvres de la great black music tombent dans le domaine publique." 
C'est par cette affirmation que nous avons débuté cette rubrique (Blues & Roots) il y a maintenant plusieurs mois. Elle est aujourd'hui caduque. 
Le 23 avril 2009 le parlement Européen a voté l'allongement de la durée de protection de certains droits des artistes interprètes et des producteurs phonographiques à 70 ans en Europe.  
Cela interdit de fait l'incroyable travail de réédition des labels indépendants comme Frémeaux.
Ainsi des pans entiers du patrimoine enregistré  vont continuer de croupir dans les caves des majors. 
Mais rassurez vous à Noël prochain vous pourrez pour la vingtième fois acheter Kind of blue mais cette fois accompagné d'un coffret qui fait des bulles !


Bonne nouvelle: "tristesse" de Tino Rossi (1939) vient de tomber dans le domaine publique

mardi 16 juin 2009

Giant steps - John Coltrane


John Coltrane "Giant Steps"

Le 26 mars 1959
entre deux séances d'enregistrement de Kind of blue (les 2 mars et 22 avril)
John Coltrane débauche le contrebassiste Paul Chambers et enregistre des versions de Giant Steps et Naima  qui ne seront pas retenues pour l'album 
avec Cedar Waldon au piano et Lex Humphrey à la batterie.

Le 2 décembre, 
toujours de "l'équipe" de Kind of blue c'est le pianiste Winton Kelly et le batteur Jimmy Cobb qui se joignent à lui et enregistre la version de Naima qui figure sur l'album.

Entre temps ( les 4 et 5 mai)  Coltrane avait enregistré Cousin Mary, Countdown, Spiral, syeeda's song flute et Mr PC avec Tommy Flanagan au piano et Art Taylor à la batterie.

Lorsque John Coltrane rentre en studio le 26 mars, il est loin d'en être à son premier essai en tant que leader.  Méfiez vous tout de même des discographies hâtives qui le créditent alors d'une vingtaine d'albums sous son nom! Les majors changent les crédits des albums en fonction des ventes espérés. Ainsi a sa sortie en 1957 l'album Dakar est porté au crédit du prestige all-stars, mais lors de sa réédition en 1963 c'est devenu un album de... John Coltrane.   


Prestige all-stars "Dakar" rebatisé John Coltrane

Mais pour la première fois, le contrat qu'il vient de signer avec Atlantique lui garantit une totale liberté artistique. Il en profite pour enregistrer uniquement des morceaux originaux dont le bouleversant Naima qu'il interprétera jusqu'à sa mort.
Dans un sillon très personnel, voilà encore un album qui annonce la révolution à venir.

Je ne sais pas qui a commis l' hideux  liserai rouge de la pochette. mais c'est à Lee Friedlander (certainement pour arrondir une fin de mois difficile) que l'on doit cette très laide contre-plongée qui illustre platement le titre de l'album.



Il y a de cela quelques temps une copine passe à la maison avec son fils alors âgé de trois petites années.
A l'époque elle prenait des cours de sax soprano. On s'installe boire un thé. Allongé par terre le p'tit gars chantonne Naima en jouant aux petites voitures. Dehors il fait chaud, la belle après midi !

lundi 18 mai 2009

The shape of jazz to come - Ornette Coleman

Photographie: William Claxton


1959, le musicologue Joachim-Ernst Berendt embarque à bord de la chevrolet rouge du photographe Willam Claxton, avec pour ambition de réaliser un photoreportage, qui fera date, sur le jazz.

1959, le trompettiste Don Cherry, le contrebassiste Charlie Haden et le batteur Billy Higgins embarquent à bord du quartet sans piano d'Ornette Coleman, avec pour ambition de libérer le jazz.
le free jazz à venir se nourrira du sédiment de ces six compositions.



Ornette Coleman "the shape of jazz to come"

Sur sa route Claxton finit par croiser Coleman. Le temps d'un cliché il délaisse son travail du noir et blanc et réalise un portrait de Coleman aux couleurs saturées. 
Un rouge incendiaire y irradie Ornette Colmenan. Son saxophone, lui même, semble taillé dans les braises. Pourtant Coleman y pose le plus sereinement du monde. Sa douce expression est apaisante. Et dépassant de son pull, un  très sage col de chemise rassurera les plus chagrins d'entre nous.

mardi 31 mars 2009

Mingus Ah Um - Charles Mingus


Charles Mingus "Blues and roots"


Au début de l'année 1959  Mingus part chez le coiffeur se faire rafraîchir puis se faire tirer le portrait par Lee Friedlander.  
Tout juste rasé de près, il rassemble ceux qui vont constituer le noyau dur de son groupe pour l'année: John Handy (sax alto), Jackie MacLean  (sax alto), Booker Ervin (sax ténor),  Jimmy Knepper ( trombone),Willie Dennis trombone, Horace parlan (piano) et Dannie Richmond (batterie).
Avec cinq compositions originales et une reprise de Moanin' (Bobby Timmons 1958) Mingus met en orbite un album qui est passé dans le milieu du jazz aussi inaperçu que l'élection de Barack Obama: Blues and roots. 

                    


Au mois de mai, il remet le couvert avec un album composé de neuf  compositions originales: Mingus Ah Um
open Letter to duke est un hommage à Duke Ellington son idole de toujours, 
Good bye pork pie hat est un hommage à son ami Lester Young décédé un mois plus tôt et 
fables of Faubus est une diatribe contre le gouverneur Orval Faubus. N'écoutant que son courage, la compagnie Columbia a censuré la partie chantée. Il faudra attendre l'année suivante  pour que Fables of Faubus soit réenregistré dans son intégralité pour le label indépendant candid.

Oh, Lord, don't let 'em shoot us!
Oh, Lord, don't let 'em stab us!
Oh, Lord, don't let 'em tar and feather us!
Oh, Lord, no more swastikas!
Oh, Lord, no more Ku Klux Klan!

Name me someone who's ridiculous, Dannie.
Governor Faubus!
Why is he so sick and ridiculous?
He won't permit integrated schools.

Then he's a fool! Boo! Nazi Fascist supremists!
Boo! Ku Klux Klan (with your Jim Crow plan)

Name me a handful that's ridiculous, Dannie Richmond.
Faubus, Rockefeller, Eisenhower
Why are they so sick and ridiculous?

Two, four, six, eight:
They brainwash and teach you hate.
H-E-L-L-O, Hello.

"Oh Seigneur, ne les laisse pas nous abbattre/
Oh Seigneur, ne les laisse pas nous poignarder/
Oh Seigneur, ne les laisse pas nous rouler dans le goudron et les plumes/
Oh Seigneur, plus de croix gammées!/
Oh Seigneur, plus de Ku Klux Klan!/

- Cite-moi quelqu' un de ridicule?/
-Le Gouverneur Faubus/
- Pourquoi est-il malade et ridicule?/
- Il s' oppose à l' intégration scolaire [des noirs]/
- Alors, c'est un dingue/
A Bas les nazis, les fascistes, ceux qui se croient supérieurs/
A Bas le Ku Klux Klan/

- Cite-m' en quelques-uns qui sont ridicules/
- Faubus, Rockfeller, Eisenhower/
- Pourquoi sont-ils à ce point malades et ridicules?/
- Deux, quatre, six, huit. Ils vous lavent le cerveau et vous enseignent la haine."



Charles Mingus "Mingus Dynasty"

Rien ne semble devoir freiner Mingus. Au mois de novembre, il retourne en studio et en deux séances il enregistre six nouvelles compositions et deux reprises de Duke Ellington (this ain't what they used to be et mood indigo)
Parmi ses vingt compositions de l'année les futurs standards se ramassent à la pelle.
John Cassavetes "shadows"

Le trouvant certainement désoeuvré, John Cassavetes sollicite Mingus pour participer à la musique de son premier film: shadows 

 

samedi 28 février 2009

Portrait in jazz - Bill Evans trio

Bill Evans Trio "portrait in jazz" 1959



En 1959 Bill Evans (piano) réunit sous son nom  un trio de choc: Scott LaFARO à la contrebasse et Paul Motian à la batterie. 
A la toute fin de l'année ces trois là rentrent en studio à New-York rajouter une pierre à l'édifice du jazz modal.  
Trop à l'étroit, n'y tenant plus, Scott Lafaro quitte le carcan de la walking bass et vient jouer des coudes avec le soliste. Il est rapidement suivit par Paul Motian. L'équilibre du trio s'en trouve profondément modifié puisqu'il comprend maintenant trois solistes.
A l'avenir, il sera difficile pour un trio de jazz de faire semblant de rien.

Coté répertoire portrait in jazz ne comprend qu'une  seule composition originale de Bill Evans: peri-scope et une autre co-écrite avec Miles Davis: Blue in green. 

Le reste de l'album montre un fort appétit pour les adaptations  de chansons populaires.
En vrac on y trouve un titre de la comédie musicale "St Louis Woman" (1946) de Johnny Mercer: Come rain or come shine. Un morceau très en vogue en 1959. Les jazz messengers (Moanin') , Ray Charles (the genius of Ray Charles) et Jack Kerouac (Kerouac read "on the road") en enregistrent chacun une version. On y croise également un morceau de la Bande originale de blanche neige et les sept nains adapté par Dave Brubeck en 1957: Someday my prince will come (Morey-Churchill 1937) et une adaptation de la chanson "when i fall in love" de Victor Young et Edward heyman et enfin "les feuilles mortes" de Kosma (1947) adapté par Johnny Mercer (1949): Atumn leaves



samedi 31 janvier 2009

Blues & Roots




Charles Mingus " Blues & Roots" 1959


Coté anniversaire, 2009 ce sont les quarante ans de la zeulh, les cinquante ans de la Motown, les soixante dix ans de Blue Note, les 17 ans de mon chat (qui chante), es cinquante ans de la mort de Lester Young etc..
Cinquante ans c'est l'âge où arrivées à maturité les oeuvres de la great black music tombent dans le domaine publique. L'occasion pour nous de nous pencher ici (Blues and Roots) sur elles.

Quelles dates commémorer ? 
Celles des enregistrements, avec leurs histoires de musiciens qui ne sont jamais venus, de séances mythiques dont on a perdu les bandes, avec leurs dizaines de versions du même solo et tout autant de faux départs ? 
Celles de la parution des albums, avec leurs histoires de morceaux tronqués par la maison de disques, de pressages originaux et de rééditions-qui-enfin-rendent-justice-à-ce-disque. avec leur histoires de pochettes réalisés par untel et les notes de livret d'untel ?
Celles de la parution des disques états-uniens en Europe avec leurs histoires de musiciens hué par un public venu écouter un quintet qui déjà n'existe plus?
Celles des premières écoutes avec leurs histoires de disques mal entendu, de révélations et de musique-plus-écouté-pareille? 
Certainement toutes un petit peu en même temps. 

Dans la deuxième partie des années 50 le cool jazz ne cesse de perdre du terrain.
Sur la côte-ouest il a mué en un jazz dit "west coast" beaucoup plus sensuel. Et sur la côte -est les musiciens ont développé un hard bop gorgé de blues. Certains y ajoutant du gospel le joue "funky".  L'idée est de rappeler que cette musique est noire et qu'elle est indissociable de la lutte contre la ségrégation raciale. 
"(...)Vous hommes blancs ne demandez vous pas trop quand vous me demandez de cesser de dire que cette musique est mienne ? Surtout quand vous ne me donnez rien d'autres ?"  Charles Mingus in Playboy 1964

Arrivé en 1959 le costume du hard bop est déjà trop petit pour pas mal de jeunes musiciens.  De plus en plus malmené le hard bop se craquelle  et laisse poindre quelque chose. Déjà en mars de l'année précédente Ornette Colman avait prévenu tout le monde "SOMETHING ELSE !!!!" 


"Something else!!!! the music of Ornette Coleman contemporary" 1958